Red Dare Pamplemousse ! RDDR.

25juil/100

Dites-lui.

Non. Je suis bien trop timide, réservé, mal-compris, perturbé et complexe que j'aurais peur que mes paroles perdent de leur sens. De leurs impacts. Pourtant, je l'ai. Cette volonté de me claquer les cordes vocales pour faire comprendre tout le bordel qui réside en moi. Oui ça je l'ai.

Mais il me manque les instruments, et même les partitions. J'ai bien peur qu'elles ne soient jamais écrites. Et du coup, sans ces feuillets fondamentaux, je ne peux produire que de la cécité lyrique. Alors s'il existe quelqu'un, ou quelque chose, pour lui transmettre ces notes en vrac, je pourrais me dégager d'une espèce de fardeau que je porte maladroitement. Parce que ça pèse lourd en conséquence de ne pas savoir ni comprendre pourquoi il existe tant de processus pour se faire valoir à l'essence même de ce que nous sommes. Et quand bien même une once de réussite puisse pointer le bout de son nez, il se peut que la source soit déjà défectueuse. Alors, vous qui avez le savoir et la connaissance, vous qui êtes illuminés et porteurs de sacre, dites-lui ces mots.

Dites-lui qu'elle n'est pas mauvaise, qu'elle n'est pas corrompue par la chair de ces vices qui gravitent autour de ce monde. Dites-lui qu'elle n'est pas aliénée au point de porter plusieurs masques. Vous pouvez même lui dire qu'elle n'a pas à craindre ces rochers qui se détachent pour s'affaisser des falaises. Ni même de ces katanas limés à trancher qui se mettent à rouiller par leurs utilisations. Dites-lui qu'elle n'est pas de ces autres, de celles qui ne renferment aucune âme. Dites-lui qu'elle n'est pas parfaite, puisque cela n'est relatif qu'à nos propres interprétations. Et j'interprète sa perfection à être ce qu'elle est. Dites-lui qu'elle n'est pas coupable de ces avalanches de douilles en pagaille. Mais juste un peu, quand même. Je me charge de prendre tout le reste. Elle n'est pas le côté sombre. Elle n'est pas le côté clair. Dites-lui qu'elle n'est pas un scandale sentimental, ni une cession d'un autre monde dans lequel nous serions pris à rêver nos vies rêvées. Dites-lui qu'elle n'est pas une meurtrière, et encore moins une étoile filante éteinte. Elle n'a même plus besoin d'articuler sensiblement, puisque tout est déjà prononcé. Dites-lui que ces putes en nature ne sont que des pions sur l'échiquier de ma vie. Dites-lui qu'elle n'est pas inconnue dans champs de bataille, et que son image de soldat n'est pas ternie par les lignes de chars. Dites-lui qu'elle n'est pas une moins que rien, et que personne n'a jamais baissé les yeux lorsqu'il regarde les cieux.

En revanche, faîtes-lui comprendre que mon estime pour elle n'est mesurable pour personne. Dites-lui que c'est avec mon plus grand respect, celui que l'on déterre de nos entrailles, que les belles lettres de son prénom sont inscrites. Dites-lui qu'elle a gagné. Elle a gagné lorsque j'ai tenté de parer ses assauts justifiés. Dites-lui qu'elle est forte, mais dites-lui qu'elle est faible. Elle ne retiendra que le faible pour être encore plus forte. Elle, envers qui ma gratitude touche les plus beaux sommets, restera la première à avoir su si facilement faire éclater en morceaux des boucliers pourtant si épais. Elle, pour qui je n'ai jamais communiqué le cheminement de mes points vitaux, les a finalement toujours connu. Mais ça, elle ne le sait pas. Ma survie dans ce bas-monde dépend de cette subtilité. Dites-lui que sa sainteté existe, dites-lui qu'elle me l'a déjà prouvé, même dans son silence. Que mes doutes sur ses propres paroles sont qualifiables de néant. Mais que la peur de ne plus pouvoir caresser la si belle et si douce peau de son visage, me plaque les rotules au sol.

Dites-lui qu'elle a mon corps. Dites-lui qu'elle a mon cœur. Dites-lui… Non. J'ai changé d'avis. Ne lui dites rien de tout ça. Pas un moindre mot. Dites-lui juste que je l'aime. Elle saura de quoi je parle. Elle comprendra. Mais si vous lui dites que je l'aime, elle s'enfuira.

Alors tout compte fait, ne lui dites rien.

18juil/101

Prends ma main, et goûte le bitume.

Pute de décision, tu martèles à la volée comme si tu te sentais libre de dégainer. Ouvrir un cœur n'est pas gratuit, encore moins lorsque celui-ci est le tien. Qu'est-ce qui te permet d'aboyer à tout va, à montrer les crocs alors que tu as doucement prononcé tes souhaits de te faire hacher à la minute. D'où sors-tu ces motivations et même cette force insoupçonnée qui t'élèves telle une marionnette endeuillée. Des chaînes manipulatrices qui t'apprennent des gestes et des conduites que tu n'accepterais même pas. La décadence d'une âme ne devrait pas exister, tout est censé se réparer au fil des avancées. Tes cris de détresse ne sont même pas perçus puisque tu as la bouche pleine. Pleine de mots cloutés qui t'arrachent la trachée à n'en plus compter les trainées de bave que tu laisses sur ton passage. Aussi vive que l'essence, l'étincelle perdue t'enflammeras à tel point que tu supplieras ce monde de t'achever avec pitié. Les graines que tu as planté te feront payer le triple de tes décalages. Avec l'âge, les miroirs se déforment, ton image nous écœurent au sommet de la gratitude que tu t'es appropriée.

Pas de pitié pour les plus faibles, c'est comme ça que l'on avance, nous. Et ce monde, justement, ne t'apportera aucun brin de fantaisie pour t'acquitter de tes jugements dont tu fais l'objet depuis ta seconde date de naissance, celle de tes crimes en pagaille sans même t'en rendre compte. On ne quitte pas un tribunal, surtout celui des damnés, en exhibant avec fierté sa propre descente dans les entrailles les plus sombres d'un être. Goûte un peu ce mélange de fumé et de ramassis de déchets pour que même tes intestins les plus corrompus en aient la gerbe. Tu continueras d'aboyer encore et encore, puisque la rouille de tes paroles te consume. Toi qui te couronnes comme l'on couronne une Reine, tu n'as pas pris la peine d'en vérifier les diamants. Ce qui orne ton crâne te délecte de plus bel. Tu n'as d'yeux que pour ces maudits qui t'appellent. Une chienne obéissante qui répond présente à la seule force de sa peine. Maltraitée des pêchés dont tu n'as su te préserver, ta laisse n'est pas réglée pour que tu sois libérée. C'est ce monde devant qui tu t'agenouilles, celui-là, qui ne te pardonnera pas.

Le plus dangereux est à mon sens le fait que tu puisses penser détenir les clés et les vertus nécessaires pour t'élever vers les cieux. Il n'existe pas d'ailes aussi noires, ni de grâce diabolique pour les atteindre. Ta chute, c'est avec les mains jointes et serrées, la mâchoire sereine et solide, le regard frôlant le mépris et les lèvres cousues que nous l'admirons.

Moi, je considère ça comme une expérience sociale. Alors viens petite conne consumée, prends ma main et brise toi les lèvres ainsi que le peu de perception gustative qu'il te reste, sur ce bitume. Que tu te rendes compte, à quel point celui-ci a le même goût que ton propre cœur.