Dites-lui.
Non. Je suis bien trop timide, réservé, mal-compris, perturbé et complexe que j'aurais peur que mes paroles perdent de leur sens. De leurs impacts. Pourtant, je l'ai. Cette volonté de me claquer les cordes vocales pour faire comprendre tout le bordel qui réside en moi. Oui ça je l'ai.
Mais il me manque les instruments, et même les partitions. J'ai bien peur qu'elles ne soient jamais écrites. Et du coup, sans ces feuillets fondamentaux, je ne peux produire que de la cécité lyrique. Alors s'il existe quelqu'un, ou quelque chose, pour lui transmettre ces notes en vrac, je pourrais me dégager d'une espèce de fardeau que je porte maladroitement. Parce que ça pèse lourd en conséquence de ne pas savoir ni comprendre pourquoi il existe tant de processus pour se faire valoir à l'essence même de ce que nous sommes. Et quand bien même une once de réussite puisse pointer le bout de son nez, il se peut que la source soit déjà défectueuse. Alors, vous qui avez le savoir et la connaissance, vous qui êtes illuminés et porteurs de sacre, dites-lui ces mots.
Dites-lui qu'elle n'est pas mauvaise, qu'elle n'est pas corrompue par la chair de ces vices qui gravitent autour de ce monde. Dites-lui qu'elle n'est pas aliénée au point de porter plusieurs masques. Vous pouvez même lui dire qu'elle n'a pas à craindre ces rochers qui se détachent pour s'affaisser des falaises. Ni même de ces katanas limés à trancher qui se mettent à rouiller par leurs utilisations. Dites-lui qu'elle n'est pas de ces autres, de celles qui ne renferment aucune âme. Dites-lui qu'elle n'est pas parfaite, puisque cela n'est relatif qu'à nos propres interprétations. Et j'interprète sa perfection à être ce qu'elle est. Dites-lui qu'elle n'est pas coupable de ces avalanches de douilles en pagaille. Mais juste un peu, quand même. Je me charge de prendre tout le reste. Elle n'est pas le côté sombre. Elle n'est pas le côté clair. Dites-lui qu'elle n'est pas un scandale sentimental, ni une cession d'un autre monde dans lequel nous serions pris à rêver nos vies rêvées. Dites-lui qu'elle n'est pas une meurtrière, et encore moins une étoile filante éteinte. Elle n'a même plus besoin d'articuler sensiblement, puisque tout est déjà prononcé. Dites-lui que ces putes en nature ne sont que des pions sur l'échiquier de ma vie. Dites-lui qu'elle n'est pas inconnue dans champs de bataille, et que son image de soldat n'est pas ternie par les lignes de chars. Dites-lui qu'elle n'est pas une moins que rien, et que personne n'a jamais baissé les yeux lorsqu'il regarde les cieux.
En revanche, faîtes-lui comprendre que mon estime pour elle n'est mesurable pour personne. Dites-lui que c'est avec mon plus grand respect, celui que l'on déterre de nos entrailles, que les belles lettres de son prénom sont inscrites. Dites-lui qu'elle a gagné. Elle a gagné lorsque j'ai tenté de parer ses assauts justifiés. Dites-lui qu'elle est forte, mais dites-lui qu'elle est faible. Elle ne retiendra que le faible pour être encore plus forte. Elle, envers qui ma gratitude touche les plus beaux sommets, restera la première à avoir su si facilement faire éclater en morceaux des boucliers pourtant si épais. Elle, pour qui je n'ai jamais communiqué le cheminement de mes points vitaux, les a finalement toujours connu. Mais ça, elle ne le sait pas. Ma survie dans ce bas-monde dépend de cette subtilité. Dites-lui que sa sainteté existe, dites-lui qu'elle me l'a déjà prouvé, même dans son silence. Que mes doutes sur ses propres paroles sont qualifiables de néant. Mais que la peur de ne plus pouvoir caresser la si belle et si douce peau de son visage, me plaque les rotules au sol.
Dites-lui qu'elle a mon corps. Dites-lui qu'elle a mon cœur. Dites-lui… Non. J'ai changé d'avis. Ne lui dites rien de tout ça. Pas un moindre mot. Dites-lui juste que je l'aime. Elle saura de quoi je parle. Elle comprendra. Mais si vous lui dites que je l'aime, elle s'enfuira.
Alors tout compte fait, ne lui dites rien.
Les hôpitaux sentimentaux.
[...]Un monde totalement dénué de sens, des contextes visiblement bafoués, des règles transgressées. Un putain de foutoir, c'est vrai. Et puis plus personne ne s'y retrouverait, plus aucun repère, plus rien pour s'y accrocher. Non en fait ce serait vraiment la merde. Arrives-tu à imaginer, toi, un monde où tout sentiment serait transposé de manière physique ? Que chaque sentiment, bon ou mauvais, aurait un impact direct sur ton intégrité physique. T'imagines un peu la catastrophe ? On enfilerait les cadavres dans les rues, sur les toits, dans les poubelles et même dans les écoles. On croiserait des gens tituber, valdinguer, saignant des litres en ayant la bouche ouverte. Ça crierait, ce serait le chaos monumental.
Et pour pallier cette folie, on en ferait des lieux appropriés : Des hôpitaux sentimentaux.
L'urgence de la situation est encore plus flagrante, plus exposée, plus facile. A une époque où les blessures par balle sortaient d'un flingue, elles sont dorénavant innées. Les paroles sont des calibres, les actes sont des douilles. Puissante. Mortelles. Les dégâts sont monstrueux. Ravageurs. Ici c'est un lieu de mépris, de dispute, de rupture, de perte, tristesse et désolation. Chaque patient a son histoire. La sienne. Pas une putain d'autre. Même cette jeune maman qui a connu l'enfer de son mari, les coups de couteaux scandés par dizaines, et l'odeur de poudre plaquée sur son cœur. Ses dernières paroles auront été des larmes. Les blocs opératoires se comptent par centaines de milliers. Ça grouille de cris à tout va. La douleur fait office de peinture. Et ça n'est jamais retapé.
Alors concrètement, on se demande ce que c'est. Une fois qu'on y met les pieds. Que se passe-t'il ? Pourquoi ? Comment ? Avec quoi ? Pour qui ? Par qui ?
Aucune réponse, ni de tonalité. Le rythme cardiaque qui joue une mélodie insonore. C'est ça aussi d'être vivant.
La cible première : Le cœur. C'est l'organe à abattre. Et comme si tout était déjà organisé, c'est aussi le plus facile à atteindre. Le cœur, ce noyau. Tout y transite, tout y passe, tout y sort. On appelle ça un point vital. Tellement vital qu'à la moindre incision, c'est ton corps entier qui en fait les frais.
Et sur les tables d'opérations on leur demande comment diable est-il possible de se retrouver dans un état pareil. Et l'on se rend compte, finalement, qu'il n'existe pas de mesure pour la douleur. Tout est lié à sa propre sensibilité, qui elle-même n'est pas mesurable. Alors tout ce que l'on peut faire, c'est assister au spectacle.
Et il y a celles et ceux qui sont né(e)s avec une couche supplémentaire. Une aura qui fait office de bouclier interne. On considère ces personnes comme ayant des principes. Leurs lignes de conduite sont droites, tracées, définies. La règle première est de ne jamais déborder. La seconde règle n'existe pas. Ce bouclier est, de ce fait, assez particulier. Il protège tout en multipliant les dégâts collatéraux. Oui. Ils sont donc bien plus exposés que quiconque. Avoir des principes c'est se présenter devant une armada sur-armées, de crier "feu !", et de ne jamais flancher. Parce que les impacts sont durs et vifs. Parce que tes genoux sont susceptibles de se fracasser au sol, et que tes paumes gouteront le bitume. Ton front s'y appuiera et ton souffle rythmera les danses. Et en relevant la tête, avec le sourire, essoufflé : "Permettez moi de me relever".
Ils n'ont pas d'accès favorisés dans ces hôpitaux, on sait juste qu'ils n'y resteront pas longtemps. Peut-être pour y revenir juste après.
L'amour est donc devenu ce fléau. Quelle qu'en soit la forme. Aimer un proche, aimer sa famille, aimer ses amis, aimer son amour. Aimer est devenu en fait le ticket d'entrée. Puis de toute manière, il n'existe pas d'autre raison. Et puis là-bas, on s'en fout de savoir qui a pu te trahir, quel membre de ta famille as-tu perdu, ou bien pourquoi tu te dégoutes. Tu es dans un sale état, et ils veulent réparer ça, eux qui ne sont pas encore au tapis. Celle qui a tiré la première, sera la dernière à s'excuser. Entre temps, les blessés s'accumulent et lancent des SOS.
Tout le monde y serait, parce que tout le monde a un cœur.
Moi, j'ai pris mon ticket. Salle d'attente qui empeste. Cette petite fille en larme qui me tire le bras, et de sa petite voix me demande : "Dis, tu crois que Maman va s'en sortir ?". Elle avait son petit cœur tranché en quatre et demi. Et ça pissait le sang.
Viol de rimes.
[...] Bourreaux des coeurs c'est à la hache qu'on apprivoise nos peurs. Tourtereaux d'un jour accourent à la hâte pour être à l'heure sans apprendre de nos erreurs. Double tranchant à sens unique, on abdique les sentences à la loupe. Entourloupés par les sentiments, les tours de looping conjuguent les châtiments. Allez-y, qu'on juge nos âmes sans plaidoirie, Sésame laisse-moi rire et ouvre-toi. Ici-bas les coeurs sont coffrés à froid, les trésors d'Ali ne sont plus le b.a.-Ba. Aussi denses qu'une Barbe à papa, les coïncidences se dissoudent au pas. Déchéances émotionnelles, nous avons perdu cette bataille des chances. Les échéances coupées à la coupelle ne nous occupent qu'à creuser à la pelle sous la coupole. Notre Dame n'avait qu'à bien se tenir, derrière ses autres damnés. A l'instar de vous l'offrir, on vous enterre comme condamnés. La perpétuité à perpétrer des crimes d'innocence aura amené la cécité du bon sens. Ces aveugles du battement vital vous martèlent les yeux ouverts. Leurs aveux ne rendent pas la vue, il vous voile ce que vous avez de plus clair. L'acharnement des uns ne fera plus craindre les architectures des autres. Les structures des plus humbles resteront les fondements les plus propres. N'ayez crainte sur la tournure, la roue tourne et se pointe à toute allure. Pas de plainte pour coups et blessures, car nos corps à nous sont cousus à mains nues. Maintenu dès maintenant, vos mains tenantes seront nos mains tenues, ayons la force de maintenir avant que l'emportent les plus déchus. Malgré les coups bas, l'incision ne prendra pas le dessus. Déçus des décisions, on trouvera bien le coupable. Espoir touché qu'à moitié, les plus forts sauront s'y accrocher. Quand les cloches, le soir, seront sacrifiées, l'envol des cygnes fera pleuvoir un viol de rimes.
Parce que les Je t'aime d'aujourd'hui sont les bonjours de demain. Dur à croire que ce qu'on sème ne sera pas toujours à portée de main.

Amour filant.
Bonjour. Salut.
Typique. Standard. Peut-être pas. Qui est-ce ? Nouveau. Jolie. Joli. Timide. Complexée ? Un peu. Parfois. Le lundi. Tu fais quoi ? Regarde. On rit. Pourquoi ? Parce que. Écoute. C'est drôle. C'est la première fois que. Tu crois ? Toujours. Tu es là ? Souvent. Sourires. Craintive. Rassurant. On ne sait jamais. La roue tourne. Embellir. Sûrement pour moi. Mignon. J'aimerai savoir si. Attention. Doucement. On partage ? Grotesque. Voyou. Tu te couches tard. Entre nous. Mauvais goût. Perspicace. Pouvoir être. Être. Sans façon. Politesse. Il est vraiment tard. Tu fais des fautes. Reste un peu. Volets fermés. Mélodies. Il commence. Elle commence. Ça va ? Comme une couleur. Tu ne me rassures pas. C'est le printemps. A qui le tour ? Crétin. On garde contact ? Incessamment sous peu. Frisson. Elle va me prendre pour un dingue. Toujours là ? Non. Pas comme ça. Sois attentif. Il va me rendre folle. Pas sûre. Plongeon. Respire. Tu as une belle voix. On s'entendra. Réseau. Je ne t'ai pas raconté ? Refus. Refusée. Passé. Futur. Plus-que-présent. Ce n'est qu'un mec. Frigo plein. Temps de merde.
Regard. Regards.
Grande. Il est mince. Jolie bouche. On va où ? Belles jambes. Il fait doux. Belle voix. Par là ? Voyons. Stressée. Je te suis. Regard. Marchons. Sourires. J'ai oublié de fermer la porte de chez moi. Belles lèvres. Attends-moi, tu marches trop vite. Il est quelle heure ? Regards. Elle m'a frôlé la main. Alors ? En pente. Il sent bon. Tu as envie de quoi ? Toi. Comme des saisons. Il pense quoi ? J'entends mon coeur. Ah bon, toi aussi ? Sans façon. Tiens, regarde. J'ai vraiment fermé ? Épaule contre épaule. J'écoute le tien. Peut-être. Sans raison. Peur. Odeur de chouquettes. Il m'a vu entrain de le regarder ? Assieds-toi. Ses mains. Fier. Fière. Touche-moi. Après. Talons de merde. Il n'est pas si beau que ça sous cette lumière. Courage. Elle a des yeux fantastiques. Calmement. Séduire. Elle pense quoi ? De quoi parlais-tu ? Ça me gratte. En fait si, il est vraiment beau. Je suis bien ici. Je suis bien ici. Ça passe vite. Répète ça tu vas voir ! Regards. Belles jambes, vraiment. Regard. C'est peut-être elle ? Alors lui. Escarpins je t'aime moi non plus. Épaule contre épaule. Allons. Galant. Provocation. Le premier qui gagne a gagné. Pardon ? Débile. Il est là. Ça viendra ? Ainsi. Partage. Je la veux. Je le veux. Gravure.
Envie. Envie.
Blocage ? Coton. Lèvres. Lèvres. Atmosphère. Éradication de question. Lance-toi. Langue. Langue. C'est son souffle. Putain je bats vite. Supérieure. Salive. Tu y es. Respiration accentuée. Toucher. Courbes. Envie. Son parfum. Continuer. Tais-toi. L'envie. Dos au mur. Je la veux. Lui. Peut-être que ? Retire ça. Elle. Toucher. Se contenir. Et si seulement ? Pas maintenant. Regarde-la. Toucher. Son torse. Craquer. Dégrafer. Offrir. Donner. Descendre. Prendre. C'est ce qu'il veut. Respiration. Je le veux. Je la prends. Il trouve ça bon. Donne-lui. Entièrement ? Sucreries. C'est pareil. Caresses. Textures de peau. Excitation. Montée. Ses fesses. Contact. Bouchées successives. Déconnexion totale de la réalité. Ses doigts. Compte à rebours. C'est réciproque. Ils sont là. Lèvres inférieures. Langue. Passion. C'est cette nuit-là. Gémissements. Marché aux fruits. Douces sonorités. Gonfler. Premières sueurs. Continue, tu es bon. C'est la tienne. Touche-moi. Ça suffit. Pause. Prends-moi. Délit. Elle. Parois humidifiées. Elle la sent. Terrible. Consentante. Vrai. Tu aimes ? Concrètement. Sur les genoux. Regards. Tout est là. Cambrure. Qu'est-ce ? La vie. Le fleuve.
Volume augmenté. Claquements. Mélodies sensuelles. Charmée. Croyons-y. Plutôt mourir que de lâcher ses hanches. Sur le champ. J'aime. Je suis à lui. Cheveux lissés. Elle est à moi. Cheveux prisés. Chevauchement. Prestation théâtrale. Gémissements partagés. Limites ? A condition. Oser. Détruire. Défoncer. Cris. Parce que. C'est ça. Complètement. Hurler. Agripper. Souffrir. Pleurer. Continue. C'est par là. Où suis-je ? Vas-y. Fais. Délivre-toi. Nous y sommes. Merci.
J'implose. Elle explose. Il est divin. Je suis décomposée. Il m'a eu. Elle est divine. Fermer la vue. Mordre ses lèvres. Je t'en prie. Croire. Il est beau, ce con. Empoigner. Vivre.
Peut-être. Peut-être pas.
J'ai fait les courses. Subjectif. On a bien fait, à l'époque ? Cursus. C'est qui elle ? Balivernes. Beaucoup moins timide. Pourquoi fais-tu ça comme ça ? Chemin. Tu l'as ? Les trois quarts. Il a changé. C'était quand ? Quelques chapitres. Il te veux quoi lui ? Allons, allons. Brusque. Point d'interrogation. Elle n'en veut plus. Tu attends quoi ? C'est caché. Silence. Sourcils rabattus. Incompréhension. Ne crie pas, ce n'est pas pour nous. Que te faut-il de plus ? Des gâteaux. Résonance. Devenir. Rester. Tu n'es plus le même. On essaie ? Pot de fleurs. Gorge nouée. Pauvre con. Je n'y suis pour rien. Traverser. Affronter. Poings fermés. Gestuelles. Elle crie plutôt fort. Défensive. Répartie minuscule. Jalousie. Haine universelle déversée. Conflit. Erreur ? En surface. Elle a changé. Qui peut nous battre ? Il faut nettoyer. Pourquoi ce n'est plus comme avant ? Foutaises ? Cellule psychologique. Tu y as cru ? Quiconque. Va-t-en ! Destruction intempestive. Moi aussi. Sombre conne. Parfois c'est comme si. La dernière fois ? Pense-tu. Baisse d'un ton. Alors, on signe ça comme ça ? Pas qu'un peu. On saigne ? En rouge, à la tête. On s'aime ? Un jour, peut-être.